dimanche 6 mars 2011

CRANACH ET SON TEMPS - Musée du Luxembourg - 9 Février 2011 / 23 Mai 2011


CRANACH ET SON TEMPS - Musée du Luxembourg - 9 Février 2011 / 23 Mai 2011

J'attendais cette exposition avec impatience. Les belles de cet artiste de la Renaissance allemande ont participé très tôt à mon initiation à l'Histoire de l'Art. Cranach pour la dilettante que je suis c'est :

- l'encyclopédie de ma mère, peuplée de gracieuses princesses aux longs cheveux,
- synonyme de volupté, de silhouettes souples, de riches détails,
- ma rencontre à la Villa Borghèse (voir ici),
- une icône personnelle, évidemment idéale, qui à l'occasion de cette exposition se verra quelque peu déchue.



Cranach l'Ancien donc ... (1472 - 1553)

Nous sommes en 1500, au sein de l'un des nombreux petits états que compose le Saint Empire Germanique, dirigé par la dynastie des Hasbourg.

1505, Cranach est au service du prince Frédéric de Saxe. Dans une première salle, des scènes religieuses peintes et gravées sont présentées. C'est son premier style, proche de celui de Dürer, très symbolique, fourni, presque « ésotérique ». Par ce mot, je tente de qualifier ce que je ressens devant beaucoup de gravures de cette époque, ce rapprochement inévitable avec les cartes de tarots et leur « magie ». Des scènes bien agitées donc, colorées, laissant peu de place au vide. Les gravures sont puissantes et très expressives.

Cranach, satisfaisant les ambitions culturelles et politiques du prince, se voit anobli. Il en retire un « blason » qui lui servira de signature, un serpent ailé tenant dans sa gueule un anneau. Explication de la symbolique de cette signature ici

La Deuxième pièce dévoile étrangement, par un jeu d'ouverture entre les différentes salles de l'exposition, la pièce « maîtresse » placardée sur tous les culs de bus de Paris ... Je suis surprise, et apprécie la petite audace muséographique. J'aime quand l'ordre est bousculé !

Le martyr de sainte Catherine - Lucas Cranach l’Ancien, huile sur panneau de bois, 112 x 95 cm
Ráday Library of the Hungarian Reformed church


Rien de captivant dans cette salle : des portraits, des saintes Catherine, des saintes Mathilde ... Je ne peux / veux m'approcher des cartels. Il y a beaucoup de visiteurs. Une pièce attire mon regard pourtant, un détail en particulier : le cataclysme qui descend sur la scène de martyr. Cette représentation est inhabituelle, particulièrement moderne à mon goût. Abstraite. Expressive. Ce chaos me réjouit : roues brisées, hommes à l'envers, abolition des plans, un bourreau qui tient la blonde par le visage, un ciel qui explose !

A gauche (ici et dans l'expo), la version moins gesticulante de Dürer, plus austère, grave.

DÜRER, Albrecht - Martyr de Ste Catherine - 1497-98
Gravure sur bois, 387 x 284 mm - Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe


En cherchant, j'apprends le destin tragico-mystique de cette sainte érudite, suppliciée trois fois avant de rendre l'âme pour de bon. Cranach, peu économe, choisi de montrer toutes les « Arma Katara »

Rien qui ne m'aide à comprendre d'où vient ce nuage furieux chargé d'éclats. On le retrouve sur d'autres représentations de l'époque. La manifestation divine est très violente dans cette légende... Dieu avait les nerfs, il tuera même quelques « gentils » qui se trouvaient là en brisant les instruments du supplice.

Récit du martyr et diverses représentations de la sainte : lien

Comparaison avec une oeuvre française contemporaine : lien

Je me pencherais sur le cas de la représentation du bourreau dans l'Histoire de l'Art plus tard (sujet à garder en tête – tant qu'elle est encore sur mes épaules).

Je continue mon chemin vers la Troisième salle, suivie de près par un groupe et son guide peu charismatique.

Les œuvres de Cranach sont confrontées ici à des modèles antérieurs ou contemporains traitant le même sujet. Côté Cranach, c'est une galerie de portraits ronds, pesants, mous. Des Madones ou Lucrèces lascives, qui posent en se touchant (les cheveux), sont voisines de martyres italiennes ou flamandes en douleur, les yeux rougis ou levés au ciel. Les saintes de Cranach nous regardent droit dans les yeux en étalant bijoux et velours. Pas d'extase, mais de belles gravures. Certes on peut trouver ça joli, courtois, ça ne fait pas de mal ... ça n'engage que moi, je trouve le style lourd et maladroit.

DÜRER, Albrecht - Tête de femme - vers 1520
aquarelle sur toile, 25,5 x 21,5 cm - BNF

Ces « bouilles » encadrées de boucles blondes ne valent pas l'austérité et la puissance d'une Vierge de Dürer. Ici pas de concession, pas de douceur, une mâchoire ferme, une économie de moyen qui exalte la puissance de cette simple figure. Voilà ce que j'attends de la peinture : de l'expression et pas de concessions.

Hercule et Antée (vers 1520-1530) bois, 26,5 x 17,5 cm
Warwickshire, Compton Verney. © Compton Verney


Pourtant une petite pièce fait l'exception. Un panneau représentant Hercule et Antée. Plusieurs images me viennent à l'esprit : une croix gammée – les premières photos de lutteurs – les bonshommes grotesques de Brueghel – l'impossibilité de la pose (j'ai essayé à la maison, en vain ...). Cette pièce est exposée à coté d'une médaille sur le même thème. Cranach utilise un tout autre style : il n'antiquise plus mais maniérise, il s'écarte d'un idéal antique pour atteindre une représentation plus humaine et élégante (pas dans le cas présent).

Quatrième salle, déçue par les nus.

Toute la pièce est remplie d'Adam et Eve, peints ou gravés, du maître ou d'autres artistes contemporains. Je suis perplexe. Ces tableaux sont mauvais. En revenant sur la production de Cranach l'Ancien, je ne m'étais pas trompée : il a bien réalisé des chefs d'œuvres de raffinement. Ce que je vois ici est lourd et mal proportionné. Et ce fichu accrochage n'aide pas à se départir de ce sentiment. Je me sens écrasée, toute « élévation » désamorcée par ces cadres massifs.

DÜRER, Albrecht - Adam et Eve - 1504
Gravure, 252 x 194 mm - Rijksmuseum, Amsterdam

J'aimerais tant m'émerveiller, comme à la Galerie Borghèse... Voici Adam et Eve de Dürer ! Je suis heureuse ! Équilibre, proportion, rythme, rigueur ... tout y est. Tous les symboles. Le sens. Je remarque seulement maintenant le monogramme du graveur, un A abritant un D entre ses jambes. J'ai comme envie de m'en inspirer !

Cinquième salle ... je perds patience. Je survole les panneaux, je suis contrariée.
Et voilà le climax ! Alors que je revenais sur mes pas, mon œil est attiré par les ailes bleus d'une allégorie du maître ... et juste à coté, la célèbre Mélancolie de Dürer ! Dans les collections du Musée du Petit Palais ? Nous avions ce trésor chez nous ?

DÜRER, Albrecht - Melancolie I - 1514 - Gravure, 239 x 189 mm
version du Kupferstichkabinett, Staatliche Kunsthalle, Karlsruhe

Y-aurait-il un crâne dans le polyèdre à gauche ?

Dernière salle - Roses à épines

Hercule chez Omphale, Lucas Cranach L’Ancien, 1537, huile sur bois

ou "De la mauvaise influence des femmes ..."

Cette grande pièce Hercule chez Omphale est plutôt bien agencée. Le rythme est bon, les figures expressives, cette femme à droite en particulier. Nota Bene : « HERCULEIS PENSA PUELLAE IMPERIUM DOMINAE FERT DEUS ILLE SUAE SIC CAPIT INGENTIS ANIMOS DAMNOS A VOLUPTAS FORTIAQUE ENERVAT PECTORA MOLLIS AMOR ». Ces infâmes traîtresses, les pécheresses qui décapitent ...

Cranach sera le maîtres des belles empoisonnées, c'est même dit en latin !



Trouvez ici un répertoire des oeuvres de Cranach, père et fils
(tapez Cranach) http://www.wga.hu/

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Infos pratiques

Tous les jours de 10h00 à 20h00
Les vendredi et samedi jusqu’à 22h00
Fermeture exceptionnelle : 25 décembre et 1er mai

Plein tarif : 11 €
Tarif réduit : 7,50 €
Billet Famille (2 adultes et 2 jeunes de 13 à 25 ans) : 29,50 euros

Musée du Luxembourg - 19 rue de Vaugirard
75006 Paris - Tél. : 01 40 13 62 00